Par Paolo Henri-Albertini.
Après des années d’errances chez DC, « Superman » selon James Gunn sonne comme un retour aux fondamentaux. Le réalisateur des « Gardiens de la Galaxie » (2014) et « The Suicide Squad » (2021) propose une relecture lumineuse, sincère et résolument ancrée dans l’imaginaire des comics, à mille lieues des visions trop assombries que l’on a pu connaître lorsque l’univers DC était sous la houlette du tandem Zack Snyder/Christopher Nolan. James Gunn, lui, n’accorde que peu de crédit à l’idée ringarde d’une modernisation forcée du super-héros, et fait glisser sur son costume la recette outrancièrement kitsch qui a fait sa renommée. Il revient à la source : celle d’un jeune homme à l’identité fracturée, élevé dans le Kansas mais héritier de Krypton. Ce Superman-là, incarné avec fraîcheur et sobriété par David Corenswet n’est ni un Dieu surhumain ni un symbole vide. C’est un super-héros humanisé, animé par des valeurs simples, mais qui doute, vacille, perd, apprend.
Gunn réussit à conjuguer émotions sincères et scènes spectaculaires, sans jamais sombrer dans le kitsch ou le pathos. Il filme Superman avec tendresse, comme une figure d’espoir, non pas mythifiée, mais réhumanisée. Visuellement, Superman s’impose comme l’un des rares films de super-héros à embrasser pleinement l’esthétique comic book. La palette de couleurs est vive, contrastée, attestant d’un désir de retrouvaille entre un blockbuster et la naïveté. Les cadres sont clairs, dynamiques, composés avec précision, et les séquences d’action, réalisé avec un remarquable professionnalisme, retrouvent une lisibilité trop souvent oubliée dans le genre. Gunn privilégie la clarté à l’esbroufe : chaque mouvement, chaque envol, chaque regard est filmé avec une vraie volonté de narration visuelle.
Sa mise en scène regorge de bonnes idées : ralentis discrets mais expressifs, iconisation délicieusement caricaturale, transitions graphiques qui évoquent les cases d’une BD. Et surtout, tout est là pour servir le récit, sans tomber dans la démonstration. Gunn trouve là la stratégie idéale d’une adaptation de comics, qu’il adresse majoritairement au public ciblé par cette industrie : les enfants. Du premier au dernier plan, « Superman » est un authentique film pour les enfants, argument se reflétant dans les gags, les partis-paris, les couleurs pétaradantes, les péripéties tirant parfois vers le grand-guignole. Autre surprise : le film assume, de manière timide mais claire, un sous-texte politique rare dans les productions super-héroïques contemporaines. En filigrane, Gunn évoque deux des plus importants conflits actuels dans le monde, questionnant la position d’un héros tout-puissant face à des tensions géopolitiques complexes. Ce regard, jamais appuyé, évite la morale facile tout en rappelant que Superman est aussi un témoin de son époque.
Cependant, tout n’est pas parfait. À force de vouloir tout poser correctement pour relancer le DC Universe, le film prend peu de risques narratifs, employant par ailleurs une trame très similaire à celle de« The Suicide Squad » . Le scénario reste linéaire, presque scolaire par moments. Le méchant, bien interprété, manque d’ambiguïté, et certains arcs secondaires (notamment autour de Lois Lane ou de la dualité Clark/Superman) semblent amorcés sans être pleinement développés. Le film joue parfois la sécurité, comme s’il voulait éviter toute fausse note au risque de brider un peu la folie créative de son réalisateur.
Avec « Superman », James Gunn réussit un tour de force : redonner vie au super-héros le plus ancien sans trahir ses racines. Grâce à une esthétique comic book affirmée, une mise en scène lisible et inspirée, une profondeur inattendue et une lecture politique discrète mais bien réelle, il signe un film lumineux, généreux et accessible. Malgré un scénario un peu trop sage, cette version de l’Homme d’Acier donne enfin envie de croire à nouveau en l’univers DC.

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