Jurassic aimerait sa BBL
À mon grand regret, je ne suis pas spécialement anticapitaliste. Il m’arrive d’aller au Burger King pendant mes poses dej’, actuellement je tape ces lignes sur un MacBook, j’ai plusieurs dizaines de playlists Spotify, de temps en temps je commande des t-shirts sur Amazon et je dispose d’un abonnement Netflix que je n’utilise quasiment pas. Bref, je ne suis pas anticapitaliste et je veux bien que « Jurassic World : Renaissance » soit un blockbuster commercial. Mais à un moment, faut arrêter la moquette. Ce film chlingue le pognon à l’excès. Et le pire c’est que ça se prétend écolo avec une pseudo morale sur l’écologie et l’air des villes que respirent les dinos, tout en critiquant les industriels suceurs de sang de moustique. Mais ce film n’en a rien à foutre de l’écologie ! C’est là une inarrêtable foire à placements de produits, et s’en est désespérant de voir les productions hollywoodiennes succomber à ce point à leurs pires travers en espérant faire revenir le public en salle. Le film s’ouvre d’emblée sur une barre de Snickers dont l’infiltration dans un lieu confiné va faire capoter toute la machine et libérer un dinosaure mutant que les scientifiques ont créé de toute pièce parce que le public était « lassé » des dinosaures normaux. Bon d’accord, sauf que depuis « Jurassic World » (2015) on est lassé des dinosaures mutants aussi, surtout quand leur design est subtilisé à « Alien ». S’il n’y a vraiment plus rien faire avec cette saga… Alors ne faites rien !
Le film recycle ses prédécesseurs avec un aplomb insolent. On se retrouve quasiment tout le temps dans des décors déjà-vus, dans des séquences rejouées parfois jusqu’au découpage, sans compter le récit vulgarisant jusqu’à la moelle celui du « Monde Perdu » (1997). L’observation d’une telle nécrophilie est presque drôle quand on sait que ce « Renaissance » est écrit par David Koepp, scénariste des deux premiers « Jurassic Park » qui, finalement, ne fait que vulgairement se pomper lui-même. Pourtant, il y a des choses à relever dans la mise en scène de Gareth Edwards : le refus de l’anthropomorphisme des trois « Jurassic World », mais aussi cette mécanique narrative poussant les personnages à se confiner dès qu’ils sont pourchassés, à l’image de cette famille dont un dinosaure marin fait chavirer le bateau au début du film, et qui trouve ensuite un abri contre le T-Rex sous un canoé chaviré. Également, l’exposition opposant une mercenaire, un paléontologue et le représentant d’une multinationale pharmaceutique initiant d’emblée les promesses de la suite, à savoir prélever le sang de trois espèces de dinosaures, augurant des affrontements en trois parties distinctes dont les péripéties sont appelées à varier en fonction de la cible, le tout conduit par un trio digne d’une bonne série Z des 90’s.
Cependant, le film n’expérimentera aucune situation nouvelle et passera ses deux heures à procéder à des citations balisées et mercantiles des deux premiers « Jurassic Park ». Aussi, Gareth Edwards se montre ouvertement dans l’autocitation, de « Monster » (2010) et « Godzilla » (2014) dont il reprend certaines découpes et parfois des séquences entières. Lobotomisé par la jungle publicitaire où le décor n’essaye même plus de cacher son apparence de carton-pâte, ne nous parvient qu’un récit primitif alimentant le fan-service jusqu’à l’absurde et un rythme ne permettant à aucun personnage d’avoir une existence. Aussi, l’intérêt des premiers « Jurassic Park » était la vision des stratégies de chasse des prédateurs, alimentant la peur pour la vie des personnages ; aspect totalement ignoré ici où les dinos sont réduis à des obstacles qu’on affronte comme les quêtes d’un jeu-vidéo, ce qui n’engrange aucune tension mais appuie sur une succession de séquences alignées comme les cases d’un formulaire. Et que dire de ce petit dinosaure tout mignon et puant le Happy Meal qu’adopte la famille dans une intrigue secondaire ? Dans l’exposition, il était dit que les dinosaures ne pouvaient vivre en dehors de certaines iles tropicales du fait du climat et de la teneur en oxygène. Le premier dino que l’on voit est d’ailleurs un spécimen échappé d’un zoo et agonisant dans un centre-ville (et le montage de la séquence suggère aussi la normalité de ce fait-divers en mettant rapidement l’animal en sourdine)… En adoptant ce petit dinomignon pour le faire sortir de son ile, nos protagonistes le condamnent donc à mort ! Est-ce là une touche de cynisme de la part de scénaristes menottés, ou une incohérence fallacieuse permise par le capitalisme spielbergien afin de vendre des jouets et nous pétrifiant de bons sentiments ? Franchement, au point où on en est, pourquoi ne pas offrir un reboot à la saga « Carnosaur » ?

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