Prendre du temps au temps.
En trois long-métrages, on pourrait déjà dire de Carla Simòn qu’elle est une cinéaste caractérisée par son penchant autobiographique systématique. Aussi, son « Romería » fait presque penser à une suite d’« Été 93 », tant les deux films disposent de similarités dans leurs récits respectifs. Mais malheureusement, « Romería » est bien moins bon, gâché par une approche trop personnelle et transparente de son sujet lui donnant l’allure d’un journal intime, sauf que de bonnes intentions ne font pas un film. D’entrée « Romería » nous fait des manières, nous encerclant des calculs de la réalisatrice, laquelle propose deux régimes d’image : l’un classique, l’autre tourné par l’héroïne à l’aide d’un camescope DV dont elle se sert pour filmer les endroits que ses parents fréquentaient avant de mourir. Le cinéma comme lieu retrouvé, l’image comme rencontre temporelle, la caméra comme accès à une famille que l’héroïne (et Carla Simòn elle-même) n’a jamais eu. Dit comme ça, c’est séduisant. Mais l’idée s’épuisent vite, tout simplement car Simón refuse de sortir du carcan de l’intime, tendant à son spectateur un miroir sur lequel il ne verra que le reflet de la cinéaste. On a presque l’impression de la voir diriger ses acteurs, de se perdre dans les méandres de cette belle histoire synthétique à l’écriture peu inspirée et conduisant à un troisième acte sous forme d’ersatz d’« Alice au pays des Merveilles ». Comment le film, en partant d’un postulat si clair, parvient-il à devenir si embarrassant ? « Romería » se laisse embarquer dans tous les clichés du drame familial et du film à non-dit, prenant systématiquement le parti de son héroïne et dévoilant à tour de bras tous ses secrets. C’est très illustratif, et le montage dénué de densité n’aide en rien, le film ne s’intéressant qu’à sa visée cathartique, et prouvant cela à travers une dernière partie annulant les précédentes par la voie d’une explicitation forcée et grossièrement posée. C’est comme si la reconstitution de sa propre histoire étouffait Carla Simòn, comme si elle y abandonnait son souffle dans une assommante reconstitution des débuts de son intérêt pour le cinéma. Et à la toute fin, « Romería » accélère son histoire, nous hurle en quelque minutes ce qu’il nous avait chuchoter pendant plusieurs heures, comme si la cinéaste souhaitait le terminer au plus vite. Il est déjà trop tard, mais c’est au moins un signe de lucidité.
Présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2025.
Pas de date de sortie.

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